The Kerbiquet Wheneverly News

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A propos de chant, 2 : « tu chantes faux »

Quand j’ai besoin de me rincer le cerveau (ou, avouons-le, de procrastiner), un de mes plaisirs coupables est la lecture de blogs américains. C’est ainsi que je suis tombée récemment, dans une rubrique « conseils du psychologue maison », sur la question d’une mère angoissée : « ma fille de cinq ans chante du matin au soir, de tout son cœur, mais elle chante horriblement faux. Comment puis-je le lui dire moi-même, et éviter qu’elle vive trop longtemps dans l’illusion d’être une chanteuse, avant que d’autres que moi s’en chargent, et plus cruellement ? …

Hachetague Mitou

Si vous lisez ceci, ce sera qu’après réflexion j’aurai moi aussi affiché un petit « #metoo » sur Facebook. Si je me décide à le faire (avec un retard digne de la cavalerie de Lucky Luke et dû, entre autres, au fait que la semaine dernière je rattrapais de nombreux arriérés de septièmes jours), c’est parce que, pour une fois, je crois à l’utilité des petit bips sur un grand radar commun. 

Mon histoire m’appartient (formule consacrée) et je n’en raconterai pas ici les multiples épisodes. …

Le temps qu’il faut (2) : ce qui se conçoit bien ne s’énonce pas toujours en 150 caractères

Après ma déclaration d’amour aux chansons interminables, vous aurez compris, à ce seul titre, où je veux en venir : parmi les traits de notre époque auxquels je me sens devenir non seulement un dinosaure, mais un dinosaure fier de l’être, souvent ronchon et occasionnellement combatif, il y a le dogme, le culte, l’allégeance irrationnelle à la brièveté. Ou plus exactement, la confusion entre la brièveté et la concision. 

Le temps qu’il faut (1) : …pour chanter une gwerz, ou la valeur du voyage

Il est assez rare aujourd’hui de pouvoir chanter une belle gwerz en entier. Et je parle là d’un aujourd’hui qui ne date pas d'hier : quand j’ai commencé à chanter (d’accord, on n’est pas encore dans le temps géologique, mais on peut parler d’une courte génération), les occasions ne poussaient déjà pas en bosquets serrés. Le mot « gouèrze » a pu être très à la mode, et les chanteurs bienvenus sur les scènes les plus huppées (pourvu qu’ils s’habillent en noir et sourient le moins possible), sans qu’il soit pour autant licite d'y chanter quarante-cinq fois la même mélodie en huit, dix, voire quinze minutes : le nécessaire, souvent, pour suivre le film entier d’une de ces chansons. …

Influences inavouées, ou : l’odeur de la maison

(Ne cherchez pas à quelle récente interview d’un malheureux collègue ce texte pourrait répondre : ça n’a jamais été le cas, et en outre il s’agit d’un vieux brouillon laissé en chantier, que la fantaisie m’a prise de terminer ce matin. Il a quelques frères de limbes… On verra si j’ai le courage de m’occuper d’eux plus tard, dans un bel élan de ménage d'automne !) 


Quand on est un Artisse et qu'on est interviewé sur ses influences musicales ou sa discothèque, il est de bon ton de ne parler que, au choix, d'un Artisse sibérien mort à l'âge de 24 ans en 1972 après avoir sorti un seul album tiré à 380 exemplaires, ou d'une star universellement reconnue pour ses vertus Artissiques, c'est-à-dire pour être plus cérébrale et/ou plus déglinguée qu'on souhaiterait jamais l'être. 

Interlude : bulles de savon d’il y a 1600 ans, ou pourquoi il faut toujours chercher le musée

Jusqu’à mes vingt-deux ans environ, je professais pour les musées un dédain de poussin de l’année ennemi de l’autorité sous toutes ses formes : toute la panoplie des clichés y passait, de la poussière à la momification. Puis, travaillant plusieurs mois à Paris, je me suis aventurée au Musée du Moyen-Âge à l’hôtel de Cluny, où je suis tombée nez à nez avec la Dame à la Licorne. Je croyais benoîtement la connaître pour l’avoir souvent contemplée, petite fille, sur la pochette d’un célèbre album de Nana Mouskouri (tout est dans tout – du reste, ledit album de chansons populaires françaises était, je m’en suis aperçue depuis, d’une modernité que l’on a tendance à sous-estimer aujourd'hui) et c’est toute la beauté sereine et ensorcelante d’un joyau de l’art mondial qui m’est tombée dessus en une seconde… Je suis restée pétrifiée sur mon banc pendant environ trois semaines, et je n’ai plus jamais dit de mal des musées. …

Orgueil et préjugés ou : ce que vaut notre travail

Je me sens bizarre : je viens de dire non à quelqu’un. Ou plutôt je viens de poser des conditions dont je savais que, modestes mais non insignifiantes, elles mèneraient probablement à une impossibilité. 

Je viens, de fait, de refuser de participer à une émission de télé. Laquelle, cela importe peu ici ; l’objet de ce texte n’est pas du tout de jeter l’opprobre sur elle, simplement de partager un peu d’une petite face cachée de nos carrières. 

Etre une petite chanteuse après Manchester : de la foudre sur la maison voisine et d’un révolver en plastique

Quelques jours après les attentats de novembre 2015, un journaliste, qui souhaitait recueillir mon point de vue parmi d’autres, m’a demandé : « vous allez donc continuer à monter sur scène, cela ne changera rien ? » C’était une question rhétorique, qui n’appelait bien sûr qu’une affirmation de ma part, et avec le recul je vois bien son utilité dans le cadre de notre interview. Mais sur le moment, j’en avais été embarrassée, comme s’il avait attendu de moi une rodomontade de résistante en pantoufles :

*« Un tricot tout neuf » : Maryvonne La Grande ou les puissances des vieux papiers

C’est une chose magique que les vieux écrits. Si un jour le Destin décide de me priver de la joie de chanter sur scène, j’espère bien qu’il me dédommagera en m’autorisant à passer le restant de mes jours à lire des choses notées cent ou deux cents ans plus tôt. (Bon, en vérité j’espère surtout avoir le beurre et l’argent du beurre,  à savoir une longue vie dans les odeurs alternées des théâtres et du vieux papier.)  

Lavandières de nuit

Pour promener Kimel-le-Chien ce soir, pas besoin de lampe-torche : le Grand Eclairagiste a pourvu à nos moindres besoins, une lune tout ce qu’il y a de plus pleine donne à la campagne des reliefs d’étain embué. Pas un souffle d’air, nul autre son que ceux de mes pas, de l’haleine d’un semi-labrador enthousiaste (1) et de la joute de deux hulottes en plein litige territorial. En bas de la route, la petite rivière pressée joue à brasser des diamants dans la lumière. 

Les chansons racontent, 3 : Le Fin Filou

La troisième des chansons résumées et traduites, toujours dans le défi d’une seule page, pour les lecteurs du magazine de Lannion Trégor Communauté. Quand, à la fin de l’été, je me suis mise au travail pour le numéro de novembre, je me suis dit que pour le premier des « mizioù du », les mois noirs , une chanson légère ne serait pas de trop. J’avais raison, je crois… 


Publiée en breton sur feuilles volantes au XIXe, notamment par Alexandre Lédan de Morlaix, cette histoire se chantait aussi en français jusqu’au Canada ; mais loin d’une traduction, la version bretonne est une réinvention tout en détails savoureux. …


u -is ns nsuppsnu© marthe vassallo 2014