The Kerbiquet Wheneverly News

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*Paotred, le nouvel album de Teir : « est-ce un disque féministe ? »

C’est la question qui nous accompagne, d’interview en conversation avec les auditeurs, depuis quelques semaines. Et il est impossible d’y répondre autrement que par un paradoxe : nous n’avons pas un instant cherché à faire un « album féministe » … et c’est pour cela que, d’une certaine façon, c’en est un. Pour nous, Paotred est avant tout un album, tout court ; or peut-être que, quand trois femmes réalisent « un album, tout court » qui parle d’hommes, cela suffit à en faire une pierre dans le jardin du machisme quotidien. 

Parenthèse : de l’art perturbant d’écrire ses propres présentations

Une petite observation à la faveur du courrier précédent : amis lecteurs du Kerbiquet Wheneverly, vous ne serez ni étonnés ni, je l’espère, offusqués d’apprendre qu’en règle générale c’est moi qui écris mes propres textes de com’… Ce qui signifie qu’une part non négligeable de mon boulot consiste à parler de moi-même à la troisième personne ! Et c’est un exercice littéraire et moral assez sportif. 

* Le nouvel album de Teir (Ebrel/Le Buhé/Vassallo) est sorti !

Il s’appelle Paotred, comme le spectacle dont il reprend le répertoire, et il vient tout juste de paraître chez Coop Breizh. (Cliquez ici pour la première chanson !) 

Que contient-il ? La plus courte réponse est notre blague coutumière : « des chansons d’hommes, par des chanteuses qui s’y connaissent en hommes et en chansons ! »  Et aussi un livret avec explications et/ou traduction pour chaque chanson (en français et en anglais, pour vos amis d’un peu partout), illustré des belles photos de Véronique Le Goff – pardon pour ce pléonasme – et mis en page avec esprit par Laurent Le Guilloux.  

Des nouvelles de Barbara, la claveciniste à barbe !

Ô vous, fidèles lecteurs (que je mets au pluriel parce que je ne doute de rien), vous souvient-il qu’en 2013 je vous avais présenté le portrait de Barbara Ursler(in), jeune allemande du XVIIe siècle, bien sous tous rapports et férue d’épinette, dont la particularité était d’avoir le visage entier couvert « de beaux cheveux blonds » ? Eh bien, The Guardian nous parlait d’elle récemment ! Un portrait d’elle, une peinture en bonne et due forme cette fois, vient de rejoindre la Wellcome Collection à Londres. …

A propos de chant, 2 : « tu chantes faux »

Quand j’ai besoin de me rincer le cerveau (ou, avouons-le, de procrastiner), un de mes plaisirs coupables est la lecture de blogs américains. C’est ainsi que je suis tombée récemment, dans une rubrique « conseils du psychologue maison », sur la question d’une mère angoissée : « ma fille de cinq ans chante du matin au soir, de tout son cœur, mais elle chante horriblement faux. Comment puis-je le lui dire moi-même, et éviter qu’elle vive trop longtemps dans l’illusion d’être une chanteuse, avant que d’autres que moi s’en chargent, et plus cruellement ? …

Hachetague Mitou

Si vous lisez ceci, ce sera qu’après réflexion j’aurai moi aussi affiché un petit « #metoo » sur Facebook. Si je me décide à le faire (avec un retard digne de la cavalerie de Lucky Luke et dû, entre autres, au fait que la semaine dernière je rattrapais de nombreux arriérés de septièmes jours), c’est parce que, pour une fois, je crois à l’utilité des petit bips sur un grand radar commun. 

Mon histoire m’appartient (formule consacrée) et je n’en raconterai pas ici les multiples épisodes. …

Le temps qu’il faut (2) : ce qui se conçoit bien ne s’énonce pas toujours en 150 caractères

Après ma déclaration d’amour aux chansons interminables, vous aurez compris, à ce seul titre, où je veux en venir : parmi les traits de notre époque auxquels je me sens devenir non seulement un dinosaure, mais un dinosaure fier de l’être, souvent ronchon et occasionnellement combatif, il y a le dogme, le culte, l’allégeance irrationnelle à la brièveté. Ou plus exactement, la confusion entre la brièveté et la concision. 

Le temps qu’il faut (1) : …pour chanter une gwerz, ou la valeur du voyage

Il est assez rare aujourd’hui de pouvoir chanter une belle gwerz en entier. Et je parle là d’un aujourd’hui qui ne date pas d'hier : quand j’ai commencé à chanter (d’accord, on n’est pas encore dans le temps géologique, mais on peut parler d’une courte génération), les occasions ne poussaient déjà pas en bosquets serrés. Le mot « gouèrze » a pu être très à la mode, et les chanteurs bienvenus sur les scènes les plus huppées (pourvu qu’ils s’habillent en noir et sourient le moins possible), sans qu’il soit pour autant licite d'y chanter quarante-cinq fois la même mélodie en huit, dix, voire quinze minutes : le nécessaire, souvent, pour suivre le film entier d’une de ces chansons. …

Influences inavouées, ou : l’odeur de la maison

(Ne cherchez pas à quelle récente interview d’un malheureux collègue ce texte pourrait répondre : ça n’a jamais été le cas, et en outre il s’agit d’un vieux brouillon laissé en chantier, que la fantaisie m’a prise de terminer ce matin. Il a quelques frères de limbes… On verra si j’ai le courage de m’occuper d’eux plus tard, dans un bel élan de ménage d'automne !) 


Quand on est un Artisse et qu'on est interviewé sur ses influences musicales ou sa discothèque, il est de bon ton de ne parler que, au choix, d'un Artisse sibérien mort à l'âge de 24 ans en 1972 après avoir sorti un seul album tiré à 380 exemplaires, ou d'une star universellement reconnue pour ses vertus Artissiques, c'est-à-dire pour être plus cérébrale et/ou plus déglinguée qu'on souhaiterait jamais l'être. 

Interlude : bulles de savon d’il y a 1600 ans, ou pourquoi il faut toujours chercher le musée

Jusqu’à mes vingt-deux ans environ, je professais pour les musées un dédain de poussin de l’année ennemi de l’autorité sous toutes ses formes : toute la panoplie des clichés y passait, de la poussière à la momification. Puis, travaillant plusieurs mois à Paris, je me suis aventurée au Musée du Moyen-Âge à l’hôtel de Cluny, où je suis tombée nez à nez avec la Dame à la Licorne. Je croyais benoîtement la connaître pour l’avoir souvent contemplée, petite fille, sur la pochette d’un célèbre album de Nana Mouskouri (tout est dans tout – du reste, ledit album de chansons populaires françaises était, je m’en suis aperçue depuis, d’une modernité que l’on a tendance à sous-estimer aujourd'hui) et c’est toute la beauté sereine et ensorcelante d’un joyau de l’art mondial qui m’est tombée dessus en une seconde… Je suis restée pétrifiée sur mon banc pendant environ trois semaines, et je n’ai plus jamais dit de mal des musées. …

Orgueil et préjugés ou : ce que vaut notre travail

Je me sens bizarre : je viens de dire non à quelqu’un. Ou plutôt je viens de poser des conditions dont je savais que, modestes mais non insignifiantes, elles mèneraient probablement à une impossibilité. 

Je viens, de fait, de refuser de participer à une émission de télé. Laquelle, cela importe peu ici ; l’objet de ce texte n’est pas du tout de jeter l’opprobre sur elle, simplement de partager un peu d’une petite face cachée de nos carrières. 


usu -is ns nsuppsnu© marthe vassallo 2014