Appel à témoins: cauchemars professionnels (au sens propre)

Je rêve souvent de mon métier – je parle bien sûr le plus littéralement du monde: la nuit, en dormant, je fais régulièrement des rêves où il est question de spectacle et de musique.

Or une chose est frappante: JAMAIS je ne rêve que tout se passe bien. Si je travaille en rêve, c’est invariablement pour tout voir partir en quenouille. Dans le scénario le plus fréquent je découvre que l’on remonte une ancienne production, que la représentation commence dans un instant, que nul ne m’avait prévenue (ou pire: que j’avais oublié!) et que je n’ai plus aucun souvenir de mon rôle. Tant pis, j’irai donc en scène le papier à la main; et me voilà frénétiquement en quête d’un texte ou d’une partition, en pure perte, cela va sans dire.

De même que l’on ne meurt pas dans un cauchemar, je vais rarement jusqu’à l’entrée en scène dans ces rêves – et il n’est peut-être pas suprenant que lors des exceptions j’aie trouvé des façons de gérer plus ou moins la crise. Non, l’objet du cauchemar est bel et bien l’imminence du désastre, non le désastre lui-même.


Ça c’est le rêve-type en temps normal, décliné en diverses versions plusieurs fois par mois. En période de création le rythme s’accélère et c’est pratiquement un soir sur deux que je rêve de Bérézinas toujours plus inventives, avec trains ratés, effondrements de décors (ça c’était Bugel Koar, un grand moment: j’arrivais en retard au théâtre, par l’entrée du public d’où d’inévitables salutations qui me ralentissaient encore plus, et quand je parvenais enfin dans la salle c’était pour voir Philippe Ollivier, déjà en scène, faire s’écrouler le décor d’un geste malheureux. Au nom de mon inconscient, Philippe, je te présente mes excuses…)  improvisations pathétiques et salles hostiles. Détail marquant, en ces périodes je rêve plutôt du projet véritablement en cours, alors que d’ordinaire c’est toujours d’une production terminée depuis au moins un an qu’il est question.


Et vous? Rêvez-vous aussi de catastrophes en rapport avec votre profession? Pour avoir un peu posé la question autour de moi, je connais au moins une traductrice qui doit lire une douzaine de livres pour le lendemain matin, un éclairagiste qui n’a encore accroché aucun projecteur alors que le public arrive dans une heure et un professeur qui découvre le mètre cube de copies de bac qu’il a oublié de corriger. Mais je suis très curieuse de savoir ce qu’il en est d’autres métiers: est-ce que les facteurs rêvent qu’ils ont 200km de tournée? Quels sinistres hantent les nuit des boulangers, des électriciens, des contrôleurs fiscaux?


Si c’est avouable et si vous en riez vous-même, écrivez-le moi! Et précisez-moi si vous m’autorisez à citer votre témoignage ici même, anonymement ou non, comme il vous plaira. Je ne garantis pas que je le ferai, tout dépendra des réponses; mais mes propres fiascos nocturnes, tout horribles qu’ils soient sur l’instant, peuvent atteindre de tels sommets de cocasserie et d’imagination (vous avez affaire à quelqu’un qui a déjà couru après un bus de tournée sur toute la distance Rennes-Lamballe!) que je soupçonne ceux d’autrui de ne pas manquer de sel non plus.




u -is ns nsuppsnu© marthe vassallo 2014