En passant

Beau crépuscule de presque-été, arbres en silhouettes de papier noir sur les oranges et les bleus violacés du ciel; odeur d’herbe foulée et de terre tiède… Au-dessus de ma tête, un avion raye le ciel de son interminable traînée blanche; lui-même n’est qu’une petite tête d’épingle noire soulignée d’un point lumineux plus petit encore, qui avance loin, loin de l’herbe et des arbres, dans ce ciel qui serait vide si d’autres avions ne l’avaient pas déjà graffité des mêmes panaches. Il y a des gens à bord de ce petit point noir, il y a eu des gens portés par chacune de ces cicatrices blanches dans le ciel.


«Pelec’h oc’h bet, pe ec’h eet

Pe hoc’h eus esper da vonet?»


… se demandent parfois, en guise de salut, les personnages des gwerzioù. «D’où venez-vous, où allez-vous, où avez-vous l’espoir d’aller?» Les gwerzioù regorgent de formules types et ceci en est une, mais les lieux communs ne deviennent pas communs par hasard. Et soudain, le nez levé au beau milieu de mon jardin, je suis benoîtement frappée une fois de plus de la force d’un langage narratif où, le plus simplement du monde, juste en demandant à quelqu’un où il va, on peut rappeler en passant que nul n’est jamais sûr d’aller où que ce soit… 


u -is ns nsuppsnu© marthe vassallo 2014