Paroles de chanson(s)

Un jour je trouverai le temps de donner ici les paroles de plusieurs de mes chansons ! Dans l’immédiat, je vais me contenter de redonner ici le texte de « An Distro », parce que c’est celui qu’on me demande la plupart du temps.

« An Distro » est née avec le millénaire, lors de la création Aziliz Iza du Bagad Kemper : il fallait une chanson sans le Bagad pour donner le temps à celui-ci de changer de tonalité, et Gilles Le Bigot m’a proposé d’écrire sur une musique qu’il avait baptisée « Hanternoz » en hommage à sa côte Nord natale. Devenue « An Distro » et illuminée par le saxophone de Bernard Le Dréau, la chanson ne nous a plus quittés depuis (pour ma part j’aime bien cette version live), notamment au fil du projet « Empreintes » de Gilles, et nous avons eu le grand honneur de la voir trouver place dans la vie de nombreuses personnes. Elle a accompagné des adieux et des amours, et même été reprise par des voix qui nous sont chères.

La version filmée des Rencontres Polyphoniques de Calvi, en 2019, est un pur impromptu : chaque groupe devait jouer séparément pour le concert de clôture du festival (dont l’équipe a trop de délicatesse pour imposer quelque bœuf que ce soit aux artistes). Gilles et moi nous étions entendus avec Aïda Nosrat et Babak Amir Mobasher pour interpréter un morceau ensemble, que nous étions convenus de répéter quelques heures avant le concert. Le choix s’était initialement porté sur une autre chanson, mais quand Aïda et Babak nous ont entendus répéter « An Distro » ils ont eu envie de nous y rejoindre ; alors que nous commencions à travailler dans un coin de la cantine du festival, Naranbaatar Purevdorj et Nasanjargal Gambold, qui passaient par là et dont nous avions adoré le concert, ont commencé à chanter avec nous… et de quatre nous sommes passés à six !
L’équipe des bien nommées Rencontres, arrivant sur ces entrefaites (pour dîner, tout simplement) et nous entendant, a été si émue du résultat qu’elle nous a demandé si, à la suite du concert, nous accepterions de rester encore un peu pour en tourner une captation. Ce qui fut fait ; pour alors nous étions tous lessivés – artistes, techniciens, organisateurs – , il était minuit et il faisait encore plus de trente degrés, mais ces images restent pour moi celles d’un authentique moment d’amour, une sorte de cadeau reconnaissant que tout le monde faisait à tout le monde… (Les applaudissements à la fin de la vidéo, eux, ont été repris de l’enregistrement du concert : au montage, le silence à la fin de la vidéo s’avérait par trop étrange.)


AN DISTRO (Paroles Marthe Vassallo, musique Gilles Le Bigot)

Ha gwir e ‘h eo? ’me ar gwez war vord an hent
Gwir eo ‘mañ graet da choaz chom du-hont? 
Ha gwir e ‘h eo? ’me ar gwez war vord an hent
Gwir eo ‘mañ graet ganit da soñj?

Lec’h a gari, eme delioù ar gwez
Lec’h a gari, plac’hig, a c’hallez mont
Lec’h a gari eme delioù ar gwez
Pa vi distro, amañ ‘vefomp

N’eus ket a harz, eme boked ar c’hleuz
N’eus ket a harz d’ar c’hoant foetañ bro
N’eus ket a harz, eme boked ar c’hleuz
Pa vi skuizh o foetañ e teui en dro

***

Ha soñj ho peus deus un devezh re bar d’ar re all
’Met e oa sklaer en ho spered
Soñj ho peus deus ho kleñved ha deus ho remed

Ken aezet eo dilezel kerent ha mignoned
Aesoc’h evit ’barzh ar sonioù
Aezet eo ober fae deus an donañ gwrizioù

’Vel ur martolod o welet an aod o kreskiñ dirakañ
A refe un hanter-dro d’e vatimant
Den n’en do glac’har, glac’har a-walc’h da zont d’ho komandiñ
Ne cheñcho buhez ’bet ’met hoc’h hini

***

Ha soñj ho peus deus un devezh re bar d’ar re all
Soñj ’peus e oa lous an amzer
Soñj ho peus deus mouezh ar c’hleuz ha c’hwezh ar rinier

Digor e oa, hag ar goleier tout war enaou
Na « penaos » na « perak » ebet
Digor ‘oa an nor e ti ho kamaraded

Priziusañ poan, ar pistig dizanav en ho kalon
Pa oac’h ken libr da vont evel da chom
Antreet e oac’h en sell d’o’r ho kweladenn diwezhañ
Ha c’hwi er gêr evit ar wech kentañ. 

LE RETOUR


Est-ce vrai ? disaient les arbres sur le bord de la route 
Est-ce vrai que tu as choisi de rester là-bas ? 
Est-ce vrai ? disaient les arbres sur le bord de la route
Est-ce vrai que ta décision est prise ? 

Va où tu veux, disaient les feuilles des arbres
Va où tu veux, fillette
Va où tu veux, disaient les feuilles des arbres
Quand tu reviendras, nous serons là

On n’empêche pas, disaient les fleurs du talus
On n’empêche pas l’envie de courir le monde
On n’empêche pas, disaient les fleurs du talus
Quand tu sera lasse de courir, tu reviendras…



***

Vous souvenez-vous de ce jour tout semblable aux autres
Sinon que les choses étaient claires en votre esprit
Vous souvenez-vous de votre maladie et de votre remède ?

C’est si facile d’“abandonner ses parents et amis
Plus facile que dans les chansons
C’est facile de faire fi des plus profondes racines

Comme un matelot qui verrait le rivage s’approcher
Et ferait faire demi-tour à son bateau
Personne n’en aura de chagrin, assez de chagrin pour vous commander
Aucune vie n’en sera changée que la vôtre


***


Vous souvenez-vous de ce jour tout semblable aux autres
Vous souvenez-vous du temps pourri qu’il faisait
Vous souvenez-vous de la voix du talus et de l’odeur de la rivière ?

C’était ouvert, et toutes les lumières allumées
Pas de « pourquoi », pas de « comment »
La porte était ouverte chez vos amis

La plus précieuse des douleurs, ce point inconnu dans votre cœur
Etre aussi libre de partir que de rester
Vous comptiez, en entrant, rendre votre dernière visite
Et vous étiez chez vous pour la première fois.